Le concert donné par le chanteur palestinien Moneim Adwan, vendredi, à la salle Ibn-Zeydoun de Ryadh el Feth, a subjugué le tout-Alger venu rendre hommage à Mahmoud Darwich, disparu en août 2008. En offrant aux vers le support des gammes arabo-persanes et de leur grand talent, les quatre artistes, originaires de Palestine, de Syrie et d’Egypte, ont permis au public d’effectuer une véritable immersion dans le verbe irremplaçable de Darwich. Le public de la salle Ibn-Zeydoun a partagé cette ivresse des profondeurs, communiant par la grâce du verbe, de la voix et des instruments de musique traditionnelle avec l’esprit et la lettre du poète disparu. Le spectacle a démarré très fort sur une note de deuil et de vie. Les jeunes artistes tout de noir vêtus, étaient assis sur une scène cernée d’une lumière rouge sombre comme dans une immense flaque de sang. Adwan Moneim, à la voix et au luth, Essayed Chaâbane, joueur de nay égyptien, Safwane Kanani violoniste palestinien et Samir Hamsi, percussioniste syrien ont interprété des créations puisées aux sources de l’art arabe ancien et de la tradition populaire palestinienne. Tout y était. La voix de ténor de Moneim a préludé avec douceur pour s’élever jusqu’à atteindre des hauteurs où les volutes des appels à la prière étaient facilement identifiables. Ce brillant musicien et musicologue, natif de Rafah dans la bande de Gaza a commencé son initiation musicale par les psalmodies coraniques et cela s’entendait. Dans ses improvisations, le flûtiste égyptien a mené les spectateurs aux confins de l’Asie. Avec une maestria incomparable, il est passé du registre le plus endeuillé aux ritournelles les plus fraîches et ludiques. Le violoniste a, en plus des accents déchirants habituels à son instrument, fait entendre des nuances d’une délicatesse exquise. Le percussionniste, au bendir et à la derbouka a également été parfait en accompagnement et en solo. «Ana aârif ma ourid : je sais ce que je veux» a été le premier poème à faire frémir l’assistance d’enthousiasme. Puis «Ana darwich abou eddaraouich» a été suivi du poème tiré du répertoire populaire palestinien «Ana fares el foursane». Ce morceau, très applaudi, a été suivi d’un magnifique poème : «Ouhibouki yaouman oua arhal, ouhibouki yaouman oua abki, li ana ouajhaki ajmal min ouajhi oumi , oua ajmal». Le poète pleure en quittant la bien-aimée dont le visage est plus beau que celui de sa mère et encore plus que cela. Puis «Illahi, aîdni illa ouatani andalib : mon dieu rend-moi, rossignol, à ma patrie...», a plongé les spectateurs dans l’univers lumineux d’un Darwich littéralement immortalisé. A la fin du concert, clôturé par une ovation du public, Moneim Adwan, en Algérie pour la première fois, a salué l’auditoire en souhaitant que l’au-revoir ait lieu en territoire palestinien libre. Ce concert a été organisé dans le cadre de la manifestation, «Mahmoud Darwich, une vie de poésie», organisé par les éditions en partenariat par les éditions Barzakh et l’agence nationale pour le rayonnement culturel. La manifestation a démarré jeudi soir au Musée des arts modernes d’Alger, par le vernissage de l’exposition «Une nation en exil», du plasticien algérien, Rachid Koreïchi, et du calligraphe irakien, Hassan Massoudy. Hier, la troisième journée de la manifestation était consacrée à un débat sur l’écriture de Mahmoud Darwich, regroupant au M.a.m.a. un grand nombre d’écrivains dont les traducteurs de l’œuvre du poète.
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